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Vous êtes en plein coeur de la forêt primaire amazonienne, peu de personnes ont déjà foulé ce sol. Votre guide est un indien Huaorani qui marche devant vous, pieds nus, sarbacane sur le dos. Il fraye un chemin en quelques coups de machette. Soudain, rassurant et enthousiaste, il vous fait signe de rester tranquille et de regarder dans une direction. Vous comprenez qu’un animal est proche. Tout vos sens sont en alerte et votre imagination commence à déborder. Est-ce un fourmilier, un singe araignée, ou mieux… un jaguar ? Vous êtes témoin d’une scène unique du monde animal et vous savez déjà que vous vous en rappellerez toute votre vie.

J’ai travaillé pour différents laboratoires pharmaceutiques depuis 2006 en France, au Mexique puis en Argentine. Mais il y a presque deux ans, j’ai décidé de tout lâcher et de me dédier 100% à mes deux passions : le trekking et la jungle. J’ai donc créé Gayatrek, une agence qui organise des treks et des excursions authentiques en pleine jungle en Amazonie et en Amérique centrale. Ce changement de cap peut paraître radical. Mais c’est en fait la suite logique de toutes les décisions que j’ai pu prendre jusqu’à présent.

Je plaque tout et je change de vie: de la Big Pharma aux Trekkings dans la jungle.

Avoir de bonnes notes à l’école, cumuler les diplômes et travailler dans une entreprise pour un salaire mensuel. Finalement, je ne me rappelle pas avoir pris le temps de véritablement réfléchir à ce que je souhaitais faire de ma vie. Sans expérience, sans exemples concrets, sans conseils, on choisit bien souvent la voie empruntée par les copains qui nous ferme le moins de portes. Spéciale dédicace à nos “conseillers d’orientation”, présent dans chaque lycée et censés nous conseiller sur notre futur métier alors que ce sont des personnes qui ne sont jamais sorties de l’école…

Je m’appelle Fabien, j’ai 36 ans, et je suis originaire de la région parisienne. Ma première expérience à l’étranger remonte à 2003. Je suis parti en stage à Amsterdam 6 mois dans un laboratoire de recherche pour terminer mon 3ème cycle de biochimie. J’y faisais de la cristallographie ! Cela consiste à obtenir le cristal d’une certaine protéine à partir d’une solution extrêmement concentrée et pure de cette protéine. Le cristal mène à sa structure 3D et permet de mieux comprendre son mécanisme d’action au sein de la cellule. Vous avez suivi ??

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Pour vous la faire court, c’est un boulot où il faut être patient. La nana avec qui je bossais, essayait d’obtenir le cristal d’une protéine depuis plus de 2 ans, alors qu’un étudiant qui venait d’arriver avait réussi à en obtenir un avec une autre protéine en une seule nuit…question de chance. Sujet sensible, fallait pas être taquin sur ce sujet !

American Way of Life 

J’étais piqué, je ne désirais plus qu’une chose : continuer à vivre des expériences à l’étranger. Je pars pour New York, une nouvelle fois dans un laboratoire de recherche, 5 mois. L’ambiance était tout autant internationale qu’à Amsterdam. Mais aux Etats-Unis probablement plus qu’ailleurs, la science est soumise à une forte pression : la publication dans les meilleures revues (Nature, Science). Cette dernière est l’assurance de gagner en notoriété et, de fait, de soulever des fonds pour le financement du laboratoire et de l’Institut. La lutte est féroce, des concurrents existent partout dans le monde. Ca peut paraître aberrant, mais plusieurs laboratoires travaillent sur des projets identiques. Le chercheur vit avec l’angoisse de voir tout son travail devenir inutile du jour au lendemain, avec la publication d’un autre quelque part dans le monde…

Fabien

 

Ces deux expériences à l’étranger ont, sans aucun doute, façonné mon attirance pour le dépaysement et la recherche de ces petites aventures et anecdotes qui rendent notre quotidien plus drôle et plus intéressant…

« La recherche c’est passionnant, extrêmement valorisant, mais routinier et sans échanges avec le monde extérieur. Ca ne colle pas avec ma personnalité. »

Je décide de rentrer en France pour me réorienter et reprendre mes études au sein d’une grande école pour un (blanchiment de) diplôme en marketing qui allait me permettre de rebondir dans l’industrie pharmaceutique où les opportunités à l’étranger sont nombreuses.

Passer de la blouse blanche au costard cravate, c’est assez violent. D’ailleurs, je n’avais pas l’habitude et je portais au début certains costumes qui étaient davantage faits pour les cérémonies que pour aller bosser dans des bureaux. M’en suis rendu compte un soir alors que je rentrais en train, quand un ami m’a demandé si je revenais d’un mariage..

Viva México !

Comme prévu, cette réorientation business m’a ouvert les portes de l’international. Et pendant 2 ans j’ai travaillé dans un laboratoire français à Mexico City en marketing et en vente. Une expérience formidable avec un peuple qui fonctionne selon des codes bien différents… Les mexicains ne sont pas fiables car ils ne savent pas dire non. Par contre leur bonne humeur est légendaire et ce, malgré les 2 heures de voiture parfois nécessaires pour arriver au bureau (le trafic mexicain est un des pires au monde) et leurs 6 jours de vacances par an. Ils sont joueurs et curieux et tout leur est prétexte pour faire la fête.

J’en ai profité pour bien vadrouiller et parcourir ce formidable pays de long en large : explorer les ruines aztèques et maya omniprésentes sur tout le sud du pays, glander sous le soleil une michelada à la main (= bière glacée avec du sel et du citron) sur les plages de la côte Pacifique authentiques et sauvages, découvrir les montagnes, la jungle et la culture forte indigène du Chiapas… Chaque région à son style, son identité, sa musique, sa gastronomie. Un dépaysement total !

Fabien
Yaxchilan : ruines mayas en plein cœur de la jungle du Chiapas, juste à la frontière avec le Guatemala. Difficiles d’accès elles sont très peu fréquentées…

Buenos Aires à l’arrache !

Puis en 2011, sans plan spécial, je pars pour Buenos Aires avec ma copine pour vivre et sentir la culture argentine dont nous avions tant entendu parler. Alignement des planètes, en deux semaines je dégote le poste parfait dans un laboratoire pharmaceutique français. Pendant presque 3 ans je suis directeur régional des ventes avec le management de 10 visiteurs médicaux sur tout le sud de Buenos Aires. Je ne connaissais rien au terrain en Argentine, j’avais une mini expérience en management, et j’étais plus jeune que la plupart des visiteurs médicaux que j’allais gérer. Autant vous dire, que face à certains vieux de la vieille il a fallu faire ses preuves.

D’autant plus que les argentins sont assez complexes. Jamais vu des gens aussi sensibles et susceptibles… Ils sont souvent dans la représentation, la passion et le drama, mais c’est aussi cela qui fait leur charme.

Faire du business avec les argentins.

La règle fondamentale est simple : commencer la réunion en discutant de n’importe quoi sauf de business ! Véridique. En essayant de suivre les codes à la française, je ne voulais ni m’immiscer dans la vie privée de mon interlocuteur, ni lui parler comme si c’était mon pote. Des règles logiques vous me direz. Sauf que le résultat c’est qu’on me prenait pour un asocial arrogant qui n’a aucune empathie pour la « personne humaine qu’il a en face » (des sensibles vous dis-je).

En réalité c’est tout l’inverse qu’il faut faire ! Les quatre cinquièmes de la discussion doivent être dédiés à instaurer un climat de confiance, à se connaître, à parler de foot, de n’importe quoi. L’idée de base c’est de se dé-tendre ! Puis, d’elle même, la personne que vous avez en face tape des deux mains comme pour conclure ce round d’observation et vous demande la raison de votre visite. C’est le signal, le chemin est dégagé, foncez !… C’est surprenant, c’est drôle, on y prend goût rapidement.

fabien

Réunion avec mon équipe de visiteurs médicaux, à Buenos Aires en décembre 2012 (en plein été), dans un de mes endroits préférés: “Esquina Homero Manzi”, là où ça respire le tango et le vrai Buenos Aires…

 

Faire une réunion avec des argentins.

C’est un peu comme essayer de cuisiner avec des gants de boxe : c’est faisable mais ça prendra du temps. Ils se coupent sans cesse la parole, se crient dessus, dévient constamment du sujet principal pour régler les « vieux dossiers »… Des rires, des larmes, des cris… Digne des grandes tragédies !

C’était intense du matin au soir et j’aimais ça. Mais autant d’heures et d’énergie investies pour vendre du médicament… Pourquoi offrir ce que j’ai de plus précieux à une entreprise ? Vais-je assumer le constat que je ferai de ma vie professionnelle dans 10 ans ?

Trekkings et Excursions en Amazonie

En résidant ces dernières années en Amérique latine, j’ai eu l’occasion de barouder dans la plupart des pays de la région, toujours à la recherche du dépaysement, de la nature et, si possible, du challenge physique. J’ai découvert la jungle pour la première fois en Colombie sur la côte Caraïbes en 2007 dans le Parc National Tayrona, immenses plages vierges bordées par une jungle montagneuse. En 2009, je suis parti faire un trekking au Guatemala qui relie la ville de Flores au site archéologique de Tikal à travers la jungle de la Biosphère maya.

Gayatrek
Guatémala, Tikal. Arrivée après 4 jours de marche dans la jungle depuis Flores, sur le site maya de Tikal, patrimoine mondial de l’humanité. Ici, le Temple I, haut de 47m, surplombant la canopée.

Ce trek vous met dans la peau d’un explorateur car il passe par des ruines archéologiques inconnues du grand public. En 2010, un trek en Amazonie bolivienne dans le Parc Madidi, à la limite de l’expérience de survie ! Puis pour le passage à la nouvelle année 2014, l’exploration en canoë et à la marche du Parc Pacaya-Samiria dans la région d’Iquitos au Pérou.

Gayatrek
Pérou, Réserve Nationale Pacaya-Samiria. C’est avec des grands yeux qu’on regarde ce vieux monsieur arriver et repartir en ramant, accroupi sur son petit canoë rempli de provision… Les piranhas peuvent tout à fait être conservés plusieurs jours empilés les uns sur les autres dans ce sceau, recouverts d’une bâche le plus hermétiquement possible.

Chaque expérience en forêt est différente, riche, spéciale. On en prend plein les yeux, et on en revient changé. Se retrouver en pleine nature et cette sensation de liberté grisante où tout est possible, c’est ça que j’ai toujours aimé.

Gayatrek
Pérou, Réserve Nationale Pacaya-Samiria. Nous recherchons des caïmans la nuit à la lampe frontale, dans le silence avec le guide « Pécho ». Il fait chaud, des éclairs tombent au loin et illuminent cette scène un court instant. Surréaliste…

 

Gayatrek
Equateur, Parc Yasuni. Campement au bord d’un fleuve en plein cœur de l’Amazonie.

Aujourd’hui, les agences de voyage proposent presque toutes les mêmes expériences, les mêmes excursions sur les mêmes sites touristiques. La plupart essayent de vendre du rêve et de l’aventure « hors des sentiers battus », alors qu’en fait tout est exagérément organisé, minuté, dans des lieux la plupart du temps très touristiques. En réalité les terres véritablement vierges sont rares, les chemins sont balisés, les locaux sont invités à se vêtir comme il convient, des éclairages sont disposés dans de fausses pierres pour illuminer les ruines… Tout est construit et orchestré pour satisfaire l’imaginaire du touriste.

« Partir en Amazonie c’est vivre une expérience forte, c’est sortir de sa zone de confort, c’est s’exposer à la vie sauvage. »

Mais c’est aussi l’assurance de s’émerveiller, et peut-être même de redécouvrir ce qu’est la vie. Hors, aujourd’hui aucune agence spécialisée sur ce type de voyage n’existe… En octobre 2014, je décide de démissionner pour créer Gayatrek, une agence qui propose des trekkings et des excursions en pleine forêt tropicale au Pérou, en Bolivie, en Equateur, et au Guatemala (et bientôt au Panama) guidés par un indien autochtone membre d’une communauté locale qui connaît la forêt comme sa poche.

Bivouaquer et dormir en pleine jungle, rencontrer les indiens Huaorani en Equateur, explorer des ruines maya, suivre la trace du jaguar au Pérou, se baigner avec les dauphins roses en Bolivie… L’objectif est de vivre une expérience unique et de se reconnecter avec la nature !

A la sécurité, à la stabilité et au confort de la vie de salarié, je choisis les risques, les imprévus, et la stimulation de la vie d’entrepreneur ! Les débuts sont un peu rudes et certains sacrifices sont nécessaires : pâte bolo un repas sur deux, fini les restos gastronomiques, priorisation des dépenses, vivre avec des collocs, travailler sans compter…

Mais maintenant je fais ce que j’aime, et ça n’a pas de prix !

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Hilaire Besse

Hilaire Besse

Co-founder chez Pick & Pow
Co-founder at Pick & Pow - French entrepreneur, crazy about innovation, entrepreneurship, and patatas bravas. Want to talk about your startup? Reach us on: mag@pickandpow.com