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Christophe Garnier a tout connu : la création de boites, la crise de 2008, des réussites, des liquidations, mais surtout, une interdiction de vendre sa startup 100 millions de dollars. Merde. Pourtant, toujours super actif, ce serial entrepreneur continue de transformer tout ce qu’il touche en or. Une interview entre New-York et Barcelone.

Salut Christophe ! Mais qui es-tu donc ?

Salut ! Alors, je suis un amoureux d’entrepreneuriat. J’ai d’abord passé 6 ans à San Francisco où j’ai lancé les opérations US de 2 startups européennes, la première était une startup de Mobile Tech Francaise, MobileWay dans laquelle j’ai bossé 4 ans, puis chez Enpocket, une autre startup de Mobile Tech cette fois-ci anglaise et dans laquelle j’ai bossé 2 ans.
Deux expériences extraordinaires puisqu’il y avait tout à faire et que ces 2 startups ont connu des croissances phénoménales. Pour te donner un ordre d’idée, MobileWay s’est fait racheter 450M de dollars par Sybase et Enpocket près de 200M de dollars par Nokia.

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Apres ces 2 expériences très formatrices j’ai déménagé a NYC (Note de l’auteur : NYC = New-York City. On ne sait jamais!) où je suis maintenant depuis 10 ans.

Et bien, j’espère pour toi que tu avais des part dans ces startups! Et qu’est ce que tu as fait à NYC en arrivant du coup ?

Je n’avais que très peu de parts mais juste assez pour pouvoir ensuite créer ma propre startup en arrivant a NYC.  J’ai créé une agence de marketing mobile que j’ai gardé 4 ans, spécialisée dans les campagnes SMS et le contenu mobile de l’époque. On parle de 2005, les smartphone n’existaient pas et en se contentait des sonnerie et des logos a l’époque!

Tu étais un peu le Nokia 3310 des campagnes SMS quoi… Ainsi, 4 ans dans ta boite ! Elle a bien marché ?

Nous étions la première agence à New York à fournir un service de marketing direct par le mobile. C’est parti très vite, et avec très peu de fonds: 250 000 dollars en angels money. Le concept était simple, les marques voulaient pouvoir envoyer des SMS cibles aux consommateurs de la tranche 16-30. Nous avions des contrats de management de bases de données avec les fournisseurs de contenu mobile et certains opérateurs. La jeune agence a bien marché pendant 3-4 ans mais nous étions très chers et du coup, la crise de 2008 a eu raison de nous… Début 2009 nous avons fermé boutique avec plus de 1,000 autres startups à NYC ! En effet, pour résister à la crise, les marques que j’avais ont coupé la pub en premier, surtout cette pub qui coutait 5 fois le prix d’une campagne email. Pour te dire, nous étions a $150-160 dollars au CPM (Note de l’auteur : CPM signifie « coût par mille impressions. Ça c’était moins evident), c’était un produit cher qui n’a pas survécu le “downturn”!

Mais une première expérience extra en terme de création d’entreprise, avec ma première équipe de 15 personnes en plein coeur de SOHO a Manhattan, je vivais un rêve d’ado mais le modèle économique n’était pas scalable, les processus de vente avec les marques étaient trop long…Avec le recul je pense qu’il fallait passer à autre chose de toute façon.

Enorme ! Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que tu ne pouvais pas t’arrêter en si bon chemin. Allez, dis nous que tu as monté une autre startup après !

Effectivement 🙂 mais il fallait trouver quelque chose qui pouvait survivre à la récession, voir mieux…en profiter! Du coup mon ami Guillaume Gauthereau (qui travaillait dans le retail) et moi nous sommes associés pour monter un site de vente privée aux US, mais avec un focus 100% famille. Nous allions copier vente-privée et vendre des vêtements pour bébés, enfants, jouets et poussettes. Un marché de $62 milliards aux US… et ainsi Totsy.com était né !

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S’adapter au marché en crise ! That’s what I’m talking about ! Ça n’existait pas à l’époque ? Zéro concurrent ?

Non, personne, mais ca n’a pas duré, un gros concurrent s’est lancé 1 mois après nous : Zulily.com. A la différence de nous, les deux fondateurs n’en étaient pas à leur coup d’essai, c’était une équipe de vrais tueurs. Ils avaient déjà créé BlueNile.com, le numéro 1 du bijoux diamant online aux US et l’avaient en plus introduit en bourse…

Malgré cela, nous avons tout de même réussi à lancer notre site avec une bonne performance, 2.5M de dollars de chiffre en fin de 1ere année. Ça nous a permis de lever 4M de dollars chez des VC, grâce auxquels on a pu atteindre 29M de dollars de chiffre en fin de 2eme année, nous mettant dans le top 5 des “Fastest Growing Company in NYC 2012”. Grâce à cette performance, nous avons reçu une offre de rachat de près de 100 Millions de dollars (Note de l’auteur : Nous nous devions de le mettre en gras) que nous avons évidemment décidé d’accepter avec mon associé. Seulement, nos actionnaires n’étaient pas d’accord et ont refusé la vente sous prétexte que le chiffre était trop bas et la croissance trop importante pour laisser partir la boite à ce prix…

Notre concurrent Zulily lèvera près de 300M de dollars à une valorisation de près de 1,5 milliard de dollars, ce qui nous forcera à lever 25M de dollars de plus de notre coté, fonds qui ne seront jamais assez suffisant pour lutter contre Zulily et leurs investisseurs… Nous finirons par vendre Totsy au rabais aux alentours de 16M de dollars après avoir engloutis 34M dollars de preferred equity. Nous n’avons donc pas vu un sous pour nous ! Bref une grosse leçon….

(Note de l’auteur : Pour les lecteurs qui, comme nous, n’ont pas tout compris sur le vocabulaire financier, l’info importante à retenir est que l’appât du gain des associés a fait perdre à Christophe et son associé plus de 100 millions de dols… 100 patates putain.)

Quoi ?! Attends, tu étais à deux doigts de devenir millionnaire et vous avez été obligés d’écouter les actionnaires ?? Tu le savais depuis le début que tu pouvais être confronté à ce genre de problème ou tu t’en es rendu compte en disant au revoir au 100 millions…? Et pourquoi ne pas avoir revendu tes parts ?

Nous savions que les investisseurs avaient un droit de veto sur une sortie, c’est standard dans les deals VC, nous ne pensions pas qu’ils refuseraient une telle somme, nous aurions dû forcer la vente en les menaçant de quitter le bateau et nous ne l’avons pas fait, c’était une erreur. Personne ne voulait acheter nos parts, la valeur des parts était liée a notre présence dans la boite pour la faire tourner..

Bon, on ne va pas continuer à remuer le couteau dans la plaie, j’imagine que tu as beaucoup appris de cette erreur ! Du coup qu’est ce que tu fais maintenant ?

J’ai crée Spark Labs il y a maintenant 2 ans. C’est un Ecosystème Collaboratif et une plateforme d’expansion US basée à NYC. Nous aidons des startups de tech du monde entier a se développer aux US en se basant à NYC ! Nous leur offrons espace + support + une communauté et des événements toutes les semaines. Nous avons aidé plus d’une cinquantaine de startups étrangères à se developper aux US, beaucoup d’européens et bien sûr beaucoup de startups françaises (dont les Pépites Tech). Nous avons un espace de 600 m2 à Union Square en plein milieu de la Silicon Alley et abritons 30 startups du monde entier qui viennent se développer aux US.

Spark-Labs

Nous nous apprêtons à lancer un 2eme espace qui fera 5 fois la taille du premier, le but étant de devenir le plus gros éco-système de startups internationales a NYC. Nous apportons un support qui inclut les parties légale, immigration, fiscale, recrutement, etc… Avec un réseau de 100 mentors, US et étrangers, ayant crée, développé et revendu des boites au US. Sans oublier un réseau d’une douzaine de VCs qui font aussi partie de notre écosystème et qui sont à l’affût des startups qui vont avoir besoin de fonds afin de continuer à éxécuter un plan de croissance.

Ok ! Donc si nous installons Pick & Pow à NYC et que nous venons dans ton espace de co-working, tu pourras nous faire rencontrer des VCs, nous donner toutes les clés concrètes pour monter une boite chez les ricains ?

Yes we can ! 🙂 Nous venons également de lancer un programme d’expansion US d’une semaine: EXPAND NYC. Nous nous sommes associés aux meilleurs VCs New Yorkais ainsi qu’aux grands groupes US afin de créer le premier programme d’une semaine dédié à l’expansion US. Tout ce que vous devez savoir sur le VC Funding, Ventes & Biz Dev, Marketing & PR, Mentors US, Recrutement, Legal, Immigration & bien plus – en 1 semaine.

Spark-labs

Le programme coûte $2990 US pour la semaine et comprend 11 réunions clés avec des VCs/investisseurs US, des mentors US et autre professionnels légaux, fiscaux, immigration, etc.. 1 workshop US biz dev, 1 workshop PR et 2 cocktails de networking NYC Tech.

Afin de fournir la meilleure expérience possible, nous acceptons seulement 15 entrepreneurs à la fois et ne faisons qu’un programme par mois. Voici le lien: http://www.spark-labs.co/expand-nyc-frenchtech/

Top ! Du coup, après toutes tes histoires, tu as un conseil à donner à des entrepreneurs ?

Il y a tellement de choses que je voudrais leur dire, nous avons tellement appris déjà, et c’est loin d’être fini, nous continuons à apprendre tous les jours. Mais une chose est claire : il faut bien communiquer avec ses partenaires, ne jamais rien laisser au hasard, et surtout ne pas faire trainer des sujets qui pourraient nuire à vos relations et donc au business.

Même chose avec les investisseurs, bien les choisir, bien comprendre ce qu’ils veulent et être sûr qu’ils soient alignés avec votre vision et vos objectifs financiers. Ça ne doit jamais être un tabou, il faut parler de tout cela clairement, ne pas avoir peur de faire transparaître explicitement vos priorités et vos objectifs, sinon ça vous rattrapera plus tard. Même si la boite et vos objectifs évoluent, la communication doit être claire afin d’avancer main dans la main avec vos investisseurs. C’est un peu comme un mariage…

Merci Christophe !

En fait, si vous cherchez des produits de startups à prix réduits, rendez-vous sur :

PICK & POW

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Hilaire Besse

Hilaire Besse

Co-founder chez Pick & Pow
Co-founder at Pick & Pow - French entrepreneur, crazy about innovation, entrepreneurship, and patatas bravas. Want to talk about your startup? Reach us on: mag@pickandpow.com