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Sais-tu qu’au moins 1,3 millards de personnes dans le monde vivent encore aujourd’hui sans électricité ? Diplômé d’HEC Paris, Tristan Kochoyan a cherché une façon d’apporter une solution à ce problème. En 2012, il crée Power:On, sa propre startup, et part au Bénin pour fournir de l’électricité à un prix abordable aux habitants des villages isolés d’Afrique.

Hola Tristan ! Tu es le fondateur de Power:On. Que peux-tu nous dire sur toi ? Et sur ta startup ?

Hello Pick & Pow ! Oui je suis le fondateur de Power:On, un fournisseur d’électricité dédié aux villages isolés en Afrique. En 2015 nous avons construit un réseau électrique pour 3000 personnes dans un village au Bénin.

Personnellement, j’ai toujours été attiré par les problèmes difficiles et vraiment importants. Après mon diplôme, je ne voulais pas travailler dans un grand groupe ou en conseil (expérimentés en césure en école de commerce). Du coup j’ai lancé ma startup dans la foulée, même si dans ma famille, l’entreprise, on ne connait pas trop !

… Partir en plus en Afrique fonder une startup, ça a du être un choc pour ton entourage !

Oui et non. Ils n’ont pas été trop surpris que je m’engage dans un truc aussi dingue ! Mais c’est vrai que moi-même, quand j’ai démarré, je ne savais pas réellement dans quoi je mettais les pieds. Mes deux parents sont fonctionnaires, mes grands parents aussi fonctionnaires ou médecins. Mais ce n’est pas une vocation familiale !

J’avais déjà été au Bénin durant mes études, dans le cadre d’une asso humanitaire sur le campus d’HEC. C’était dans le domaine de l’éducation et du microcrédit. C’est vraiment une expérience que j’ai adorée, j’ai gardé de bons contacts avec les gens que j’avais recontrés, notamment Louise, qui est maintenant ma co-fondatrice au Bénin. Du coup quand j’ai lancé Power:On quelques années plus tard, c’est assez naturellement que je suis retourné au Bénin.

Et par ailleurs c’est un pays très accueillant, très safe avec plein de choses à découvrir !

Pour toi, c’était logique de concilier entreprenariat et humanitaire ? L’un comme l’autre n’étant déjà pas faciles à gérer… On peut dire que tu as mis la barre très haut !

J’aime les problèmes difficiles, mais c’est vrai que pour le coup j’ai visé assez haut… Je me rendais pas trop compte avant de démarrer. Mais c’est vraiment devenu une vraie mission. Ça rend fou de voir qu’encore aujourd’hui, il y a des villages entiers qui n’ont pas accès à l’électricité, la chose la plus basique pour nous ici. Ils sont plus de 1,3 milliards dans le monde, alors que vraiment c’est possible de régler cette situation. Ce que j’essaie de faire, c’est en fait pas uniquement d’installer des centrales juste pour l’amour de l’art. La vraie mission derrière, c’est d’installer quelque chose qui permette à chacun de brancher ce qu’il veut chez lui, comme en ville, pour amorcer un processus de développement et éradiquer la pauvreté. C’est vraiment la première brique, le premier outil à partir duquel les gens peuvent prendre leur propre destin en main.

Coffret 8-2

Ensuite justement ce n’est pas de l’humanitaire, Power:On n’est pas une ONG. C’est un entreprise car je considère qu’il est primordial d’avoir un business model qui tourne pour assurer la pérennité des projets. J’ai vu trop d’ONG qui installaient des panneaux solaires, puis qui partaient. Dès qu’il y a un problème, quelques années après, il n’y a plus personne pour réparer et plus d’argent dans la caisse pour faire quoi que ce soit.

Le modèle startup impose une vraie rigueur à ce niveau et responsabilise tout le monde. Nous surtout, vis à vis des usagers qui payent pour un service qui se doit d’être de qualité car il est justement payant.

Cela dit pour l’instant, nous en sommes aux débuts. Je gagne zéro euro sur le premier projet. Mon pari, c’est que ce modèle soit réplicable dans tous les villages isolés.

Tu as donc bien les deux pieds sur terre. Power:On s’engage vraiment à apporter des solutions sur le long terme alors…

Oui, vraiment ça n’a aucun sens autrement !

Un petit moment de galère à raconter qui nous fasse sourire ?

J’en ai des milliers pour le coup, car je crois qu’absolument rien ne s’est passé comme prévu ou sans un accroc à un moment donné. Difficile de choisir un seul truc du coup, mais il y en a un qui me revient et qui est assez remarquable. J’étais en train de bosser sur le terrain depuis déjà plusieurs semaines, et pas un jour ne s’était passé sans 10 problèmes différents. Ce jour là, je devais aller dans la ville la plus proche pour chercher du matériel. C’est à environ une heure de piste, à moto. Sur le chemin aller, juste quand je me disais tiens c’est cool, pas de problème, panne d’huile. On répare le truc, tout se passe bien. Retour, je me dis : bon là ça devrait aller, on a eu notre compte on va rentrer tranquille. Mais crevaison. J’étais même plus surpris en fait. Juste pour illustrer un peu l’ambiance quoi. À un moment j’ai vraiment cru être maudit par le fétiche (Le Bénin est le pays du vaudou) 😉

Hahaha ! Mais maudit ou pas, tu gardes toujours la même motivation ?

À un certain stade, il y a un comme un retournement et chaque obstacle renforce ta détermination au lieu de la plomber. C’est peut-être un trait de caractère. Mais rien n’est facile donc il faut vraiment se battre ! De toute façon avec le recul, on est d’autant plus content d’avoir relevé ces milliards de petits défis. À vaincre sans péril…

Je garde la mission finale à l’esprit, c’est ça qui permet de continuer, de ne pas baisser les bras et de se dire que ça en vaut vraiment la peine !

Et en plus de Louise, ta co-fondatrice, qui d’autre t’accompagne dans ce projet ?

Nous avons Jean, notre salarié local à Igbérè (le nom de notre village). C’est lui qui gère les opérations au quotidien. On a une chance incroyable de l’avoir avec nous d’ailleurs. Avant de bosser pour Power:On, il était zemidjan (taxi moto), un boulot très répandu au Bénin en raison d’un fort taux de chômage. On accueille aussi assez régulièrement des stagiaires et des étudiants qui viennent spontanément nous proposer leur aide sur certaines missions concrètes.

Jean Coffret 6-2

D’ailleurs si je peux faire passer un message : n’hésitez pas à nous rejoindre si la mission de Power:On vous intéresse !

À ses débuts, quel accueil a reçu Power:On sur place ? Des liens assez forts ont du se tisser avec les communautés locales, non ?

Oui un très bon accueil sur place. J’ai tout de suite pris contact avec les autorités locales pour présenter le projet, et ça répond vraiment à un besoin donc ils nous soutiennent et suivent nos avancées. Ça répond aussi à un besoin de leur côté car l’électricité est un vrai défi au niveau national.

Ensuite, dans le village lui-même, l’accueil a été tout de suite très chaleureux. J’ai vécu Igbérè avant et après l’électricité, évidemment ça n’a rien à voir. La vie est toujours dure, mais ça fait plaisir de voir à quel point ça a changé les choses.

On a ensuite tous les villages voisins,  sans électricité aussi, et qui sont extrêmement jaloux qu’on soit à Igbérè et pas chez eux…

Il faut bien commencer quelque part… 🙂 Tu as déjà un projet en cours pour un autre village ?

Ahah oui ! Oui on a déjà une bonne idée des prochains villages. Il y a de quoi faire dans la zone où nous sommes, et au Bénin en général aussi. On vise les villages les plus éloignés du réseau électrique national. Il y en a une centaine qui sont vraiment très loin et n’ont aucune chance d’accéder à l’électricité dans les années (voire décennies) à venir !

Boutique Eda Yao nuit-2

Là tu nous parles depuis Paris. Mais sinon, tu passes le plus clair de ton temps à voyager en la France et le Bénin ?

Brossage de dents-2Oui, surtout depuis un an. Les travaux pour le premier réseau ont été lancés en mai 2015, et le système est opérationnel depuis septembre. La dernière fois que j’étais sur place c’était en mars, mais maintenant que tout fonctionne assez bien je peux me concentrer sur l’étape suivante ! On veut notamment passer au solaire pour être live 24h/24, ça permettra de développer beaucoup plus les entreprises locales. Ensuite, on ira dans les villages voisins comme évoqué plus haut. Quand on en sera à cette étape, je serai plutôt au Bénin qu’à Paris !

J’invite tous ceux qui sont intéressés à nous soutenir à s’inscrire sur le site ! Ca nous aidera vraiment. Tous les membres de la communauté reçoivent des updates et du contenu spécial 🙂

Merci Tristan, on ne souhaite que le meilleur à Power:On !


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Agnes Barral
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